Mandala technologique

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art, histoire des sciences, Maths, Technologie et innovation
Leonardo Ulian, Untitled 1

à mon père – qui déteste l’art

Partons à la découverte des mandalas technologiques de Leonardo Ulian, artiste d’origine italienne. Ses œuvres, des assemblages géométriques de composants électroniques, nous incitent à changer notre façon de vivre avec la technologie. Pour mieux comprendre, nous allons évoquer la méditation, les peintures de sables, la médecine des navajos, le cercle des mathématiciens, les rêves, l’atelier d’un réparateur de téléviseurs et les lions du Botswana.

Non, en fait, pas les lions. D’autres s’en chargent mieux que moi ! 

L’art de la récupération

Sur un tabouret coincé entre trois carcasses éventrées, un fer à souder à la main, j’observe attentivement l’intérieur de la télé devant moi. Il y a un gros tube cathodique et tout un tas de composants poussiéreux. Parmi eux, un coupable à trouver. « Tu vois, ce truc-là, c’est un condensateur ! » C’est la voix de mon père qui s’est lui aussi penché sur l’appareil. J’opine du chef en regardant son doigt me montrer un objet jaunâtre à quatre pattes. « Il est grillé. Dans la télé à gauche, il y a le même, qui fonctionne lui ! »
Pas besoin de m’en dire plus, je me tourne vers la gauche pour récupérer le bon condensateur. Quelques minutes plus tard, la télé devant moi fonctionne à nouveau.

C’était un doux été, il y a une quinzaine d’années. Pendant les vacances, j’aidais un peu mon père dans son travail.
Il n’est pas trafiquant d’écrans télés. Il les vend. Et en plus de les vendre, il les répare. Son petit magasin ressemble beaucoup plus à un débarras d’électronique qu’à une boutique Apple.

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Il travaille seul, dans un petit village.
Son métier est pour lui autant une philosophie de vie qu’un gagne-pain. Animé par la passion de la réparation, il récupère les appareils électroniques endommagés et les recombine pour en faire des appareils de rechange. Ces objets-là traînent dans tous les coins et sont utilisés le jour où un client a une panne. Cela permet de sauver de la décongélation les morceaux du cochon tué il y a deux mois, ou aussi de ne pas louper le Derrick qui passe juste après le déjeuner, le temps de la réparation ou de la livraison du nouveau congélo ou de la nouvelle télé.

Fascination électronique

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Leonardo Ulian, Untitled 7

Quinze ans plus tard, je découvre qu’il n’y a pas que mon père qui récupère les condensateurs.

En effet, c’est en s’enfonçant dans les tréfonds de vieux ordinateurs que Leonardo Ulian trouve de quoi composer ses mandalas technologiques. Il les déconstruit pour créer des réseaux géométriques de composants électroniques : résistances, condensateurs, transistors. Ce qui est caché, et qui permet le fonctionnement de nos outils technologiques indispensables, se révèle alors à nos yeux sous la forme d’un ensemble géométrique complexe.

Leonardo Ulian est un artiste d’origine italienne basé à Londres. Avec ses compositions, regroupées sous la série Mandala, Leonardo Ulian cherche à montrer la beauté de l’invisible. Chacune de ses œuvres foisonne de multiples détails et dans le même temps compose un ensemble harmonieux. Et résonne en nous comme un mandala.

Leonardo relie le matériel au spirituel. Et il s’interroge sur les liens entre technologie et sens dans notre société.

Méditation sur le cercle

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Le mandala est un outil de méditation qui sert aussi à la décoration. C’est un symbole, lui-même empli de multiples symboles très élaborés. Il est dessiné méticuleusement. Chaque détail a un sens et le méditant construit le mandala en étant totalement concentré sur chacun de ces détails. Pour cela, il peut s’aider en récitant des mantras ou des chants, et en visualisant les dieux représentés par les symboles qu’il dessine.

Mandala, en sanskrit, signifie cercle.
Cercle, au sens large : sphère, communauté, environnement, unité, totalité, perfection.

« Quel est le polygone régulier qui a le plus grand nombre de côtés ? […] » Nous sommes dans une classe primaire de Roubaix ; dans les années 60. Etienne Ghys, chercheur en mathématiques à Lyon, avait alors 10 ans.
« Tout à coup, sans y réfléchir, je dis à voix haute : « Le cercle. » Est-ce un souvenir reconstruit par la suite ? Je ne le pense pas, tant il est vif. C’était la première fois que je prenais conscience de l’infini, qu’un cercle n’est, après tout, qu’un polygone à une infinité de côtés. Cette griserie que l’infini procure fut probablement mon premier émoi mathématique. « 

Quand un mathématicien voit un cercle, il perçoit l’infini. Et pour un moine bouddhiste il est symbole de totalité. Troublant, non ?

En fait, il y a peut-être une explication. Que pensez-vous de cet ovale, si proche du cercle, qui nous sert de zéro ?
La graphie du zéro telle qu’on la connaît aujourd’hui apparut au IVème siècle en Inde. Elle fût inventée par des astronomes mathématiciens, un peu poètes à force de regarder le ciel. Et pour chercher à représenter l’absence, quel est le symbole qu’ils adoptèrent ? Un ovale ?
Et non, un cercle ! Ils tracèrent un cercle délimitant le vide. Ce cercle se transforma ensuite en ovale lorsque les mathématiciens arabes s’en emparèrent. D’ailleurs zéro en sanskrit, Śūnyatā, peut signifier ciel, espace ou vide.

Calligraphy by Kanjuro Shibata XX : Enso. L’Enso est le symbole de la vacuité dans le bouddhisme zen.

Ainsi, la graphie du zéro est un cercle, symbole de la totalité qui entoure le vide.
Vide mais aussi vacuité, impermanence de toute chose, interdépendance…
Selon Ringou Tulkou Rimpotché, bouddhiste tibétain, « c’est un mot très difficile à comprendre et à définir. C’est avec réserve que je le traduis par “vacuité”. La meilleure définition est, à mon avis, “interdépendance”, ce qui signifie que toute chose dépend des autres pour exister. […] Tout est par nature interdépendant et donc vide d’existence propre. »
Le vide serait-il ce qui est en perpétuel mouvement, toujours instable, et le cercle du zéro représenterait l’infini, l’absolu englobant l’union de tout ce qui est interdépendant et en perpétuel mouvement ?

Ce qui est sûr c’est qu’en mathématiques, le zéro est lui aussi intimement lié à l’infini. Un nombre divisé par zéro donne l’infini tandis qu’une division par l’infini donne zéro. C’est ainsi qu’un mathématicien astronome indien, Brahmagupta, entraperçut pour la première fois l’infini en 628 en intégrant le zéro dans un ensemble de règles d’addition et de division.
Par la même occasion, il inventa le système de calcul moderne. L’algèbre était née.
J’aurai l’occasion d’approfondir ce sujet dans un prochain billet.

Rien d’étonnant alors que cette fascination pour le cercle ou mandala ! Que l’on soit bouddhiste ou mathématicien, ce symbole fait référence à des valeurs spirituelles et abstraites universelles. Il évoque un monde qui nous dépasse, mais qui nous relie tous inconsciemment.
Car comment expliquer alors la récurrence de dessins symboliques pratiqués dans de nombreuses tribus indigènes ?

Sable et silicium

Vous connaissez les peintures des Aborigènes ? Originellement, elles sont faites de sable. Mais ce n’était pas très pratique pour le transport et la commercialisation. Les œuvres en vente sont donc faite de matériaux plus « conventionnels ».

Et bien, figurez-vous que Leonardo Ulian cite aussi comme influence les mandalas de sable. En effet, certains bouddhistes au Tibet utilisent du sable coloré pour réaliser leurs mandalas qu’ils détruisent ensuite selon un rituel strict et religieux.

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Cet art complexe demande la maîtrise de processus de pigmentation pour obtenir des sables aux teintes variées et requiert également beaucoup de patience et de maîtrise de soi pour déposer le sable avec justesse et précision aux endroits appropriés.

SALISBURY, ENGLAND - OCTOBER 03: A Tibetan Monk from the Tashi Lhunpo Monastery, helps complete a Chenrezig Sand Mandala in Salisbury Cathedral’s Chapter House on October 3, 2013 in Salisbury, England. The monks, who started the painstaking process of creating the sand mandela with millions of grains of coloured sand on Monday, will end it tomorrow in a destruction ceremony and procession to the River Avon. The monks who currently live in exile in India are visiting various places in the UK and Europe and will complete two more sand mandelas - which are an artistic tradition of Tibetan Buddhism and are a symbolic picture of the universe representing an imaginary palace - before returning home to their monastery in late November. (Photo by Matt Cardy/Getty Images)

A Tibetan Monk from the Tashi Lhunpo Monastery, helps complete a Chenrezig Sand Mandala in Salisbury Cathedral’s Chapter House on October 3, 2013 in Salisbury, England. (Photo by Matt Cardy/Getty Images)

Les actes de méditation sont alors associés à une réflexion sur l’impermanence de toute chose. Ils permettent de combattre l’attachement.
Vous l’avez compris, le changement perpétuel est le socle de la spiritualité orientale.

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Leonardo Ulian, Eye of Pulla

Leonardo Ulian, notre artiste récupérant les vieux ordinateurs, a transformé les mandalas de sable en mandalas de silicium : pour lui, la technologie est éphémère, toujours mouvante. On achète sans cesse de nouveaux téléphones, de meilleurs ordinateurs. Comme les mandalas, les objets technologiques disparaissent et réapparaissent. On ne peut s’y attacher.

L’art thérapeutique des peuples premiers

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Mais ses œuvres ne sont pas juste un reflet de notre société, elles nous incitent également à changer notre mode de fonctionnement. Afin de mieux comprendre comment et pourquoi, il convient au préalable de faire un détour, a priori sans rapport, vers la médecine du corps et de l’âme, vers le rêve.

Les bouddhistes tibétains ne sont pas les seuls à pratiquer les dessins de sables colorés. On retrouve cette pratique, bien sûr, en Australie chez les Aborigènes, mais aussi aux Etats-Unis chez les Navajos.

Chez les Navajos, ces œuvres d’art ne sont pas considérées comme des choses inanimées mais des âmes, des Dieux invoqués par le chaman.
Pour implorer la guérison d’un malade, le chaman communique avec le milieu environnant. Tout en chantant, il laisse filer entre ses doigts différentes nuances de pierres broyées. Toutes les couleurs du désert y passent. A chaque point cardinal, est associée une gamme chromatique. Le blanc à l’Est, mélange de craie et de gypse. Le bleu au Sud en poudre de turquoises. L’Ouest jaune crépusculaire, teinté de fleurs et de pollen. Le noir des ténèbres nordiques tout en charbon et ardoise. Enfin, le beige clair des rivières et les rouges de l’ocre et du grès permettent les finitions et composent le fond des peintures.

Autant que les couleurs, l’ordre et symétrie sont primordiaux ; ils symbolisent l’harmonie et l’équilibre que le malade veut retrouver.
La peinture, une fois terminée, doit être détruite pendant la nuit car elle a absorbé de puissants pouvoirs. On l’appelle iikaah, « endroits par lesquels les dieux vont et viennent ».

Les Navajos croient que tout dans la nature est équilibre entre bien et mal. Si l’équilibre est mis à mal, par exemple en tuant un ours, ou en se moquant d’un autre, surviennent alors des catastrophes et des maladies comme l’arthrite.
L’équilibre de la nature est instable et fragile. C’est à l’homme, et plus particulièrement au chaman, de rétablir l’harmonie. La peinture de sable est l’acte final des cérémonies de guérison qui peuvent durer de 2 à 9 jours. Le patient se place en son centre face à l’Est, la peinture est réalisée autour de lui.
Les Dieux sont ensuite attirés et chassent le mal vers la peinture. A la fin de la cérémonie, l’œuvre doit être balayée en sens inverse, puis le sable enfoui pour éloigner la maladie et ainsi retrouver l’équilibre.

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Plus de 1000 motifs différents ont été identifiés, représentant différent Dieux mais les peintures de sables réalisées à des fins commerciales ne peuvent pas représenter les images sacrées.

De l’autre côté du Monde, chez les Aborigènes, les dessins de sable ne sont pas vraiment une médecine du corps mais plutôt de l’âme. C’est pour eux un art ancestral transmis de génération en génération. Sa richesse témoigne de la diversité des différentes tribus. Pendant plus de 30 000 ans, leur art s’est affiné à un point tel qu’il a été reconnu dans le monde entier et commercialisé grâce à l’utilisation de peinture plutôt que de sable. Mais les œuvres aborigènes sont traditionnellement profondément attachées au lieu. Elles servent à marquer un territoire, à garder la mémoire de ce qui s’est passé en cet endroit lors du temps du rêve.

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Clifford Possum Tjapaltjarri, Carpet Snake and Kangaroo Dreaming at Mt Denison

Le temps du rêve désigne le temps des origines, avant la création de la Terre, lorsque tout n’était qu’immatériel et spirituel. Il y aurait comme des « tunnels » traversant l’espace-temps, entre le temps des origines et notre temps. Ces tunnels marqueraient un endroit d’une empreinte, une formation naturelle, nous expliquant un événement qui s’est passé jadis lors du temps du rêve. Ces lieux ont un « pouvoir de rêve ». Et c’est dans ces endroits que les peintures de sables sont exécutées dans le but de communiquer avec les esprits et de déchiffrer les présages, bon ou mauvais.

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The Ngurrara Canvas. Painted by Ngurrara artists and claimants 

 

Rêve et symbole …

Déchiffrer le temps des rêves, cela évoque, étonnamment, les travaux du psychiatre Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie analytique. Dans son étude approfondie sur l’inconscient et la psyché, il s’est beaucoup intéressé aux rêves.

En souvenir de ceux-ci, lui et ses patients dessinaient spontanément des représentations « en forme de rond » qui se modifiaient selon les états d’âmes du jour. Jung découvrira plus tard, lors de voyage en Inde, que ces dessins s’apparentent fortement aux mandalas.

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Systema munditotuis – Mandala de Jung

Tiens, tiens, sable, rêve, mandala, cercle : on tourne en rond…

Mais, avant d’aller plus loin, plongeons nous un petit peu dans le monde passionnant de Jung avec cet extrait de l’excellent petit livre 100% Jung de Viviane Thibaudier :

« Chaque jour, [Jung] dessinait des formes rondes sur un petit carnet jusqu’à ce qu’il en vienne à constater qu’au fil des jours, ces formes se transformaient selon l’état psychique dans lequel il se trouvait. Il sentit aussi que, face au chaos qui souvent l’assaillait durant cette période, ce qu’il dessinait ainsi lui permettait de retrouver le calme et de se recentrer. Il lui parut alors que quelque chose de central s’exprimait à travers ses dessins. Que ces formes le représentaient lui-même dans sa « totalité », totalité qui, selon l’état dans lequel il se trouvait intérieurement, s’exprimait de manière différente : entière ou altérée. De sorte qu’il en vint à supposer que ces formes rondes ou quaternaires qu’il dessinait spontanément étaient des mandalas, ces figures concentriques très courantes dans tout l’Orient, généralement en lien avec une divinité et qui servent de support à la méditation. C’est ainsi que Jung fit l’hypothèse d’un centre de la personnalité de nature archétypique, « véritable axe de croissance » du psychisme dont il dit qu’il est le plus intime en chacun et le plus collectif en tous et qu’il appela le Soi. […] »

Le Soi. La totalité. Le cercle qui englobe notre moi conscient ainsi que nos peurs, nos désirs, tout ce vers quoi l’on tend toujours. Ce qui ne sera jamais atteint, ce qui nous transcende mais ce qui nous montre aussi le chemin lorsqu’on est perdu.
Le mandala, comme le cercle, est donc le symbole du Soi, associant le conscient et l’inconscient. Pour Jung, l’inconscient est source de richesse, il nous montre le futur en devenir. Notre futur. Et les rêves comme les mandalas sont une façon de communiquer avec l’inconscient. Communication ou confrontation car l’inconscient n’est pas que positif ! Mais il s’agit de le considérer avec curiosité et humilité et si possible sans a priori car c’est en le prenant en compte que notre personnalité s’épanouira. Et se rapprochera toujours un peu plus de la sensation d’être un individu complet.

Retour aux sources

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Leonardo Ulian, Vortex

Retour aux mandalas de Leonardo Ulian.

Les œuvres géométriques que nous offre Leonardo Ulian sont des miroirs reflétant une image parfaite de notre société.
L’artiste veut nous montrer la beauté de l’invisible. Ce beau et sacré que l’on ne voit plus.

Sauf que, ces objets si beaux, nous passons notre temps à les jeter. Sans pouvoir les réparer ou juste parce que l’on veut s’en procurer d’autres, soi-disant plus beaux, plus légers ou plus performants.
On ne sait plus prendre soin de nos possessions.

Leonardo Ulian fait également référence aux mandalas de sable des tibétains. Mais peut-on vraiment oser comparer les transistors à du sable ? Car si, détruire une œuvre de sable est rapide et ne laisse aucune trace, décomposer l’électronique est une autre histoire.

En fait, l’image que nous renvoie le miroir n’est pas si parfaite. Elle est trouble et bancale. 
Et c’est maintenant que l’atelier de mon père et les mandalas de Jung interviennent de nouveau.
Retour au début. Et à la fin. Le cercle se boucle.

Gestation, futur en devenir.

Pour Jung, le mandala et les rêves nous montrent le futur en devenir à condition de les accueillir sans préjugés pour ne pas les interpréter hâtivement. Car les visions peuvent déplaire et être difficiles à accepter.

« Les symboles ne peuvent faire l’objet d’aucune interprétation a priori. […] Il s’agit là d’un aspect fondamental de l’attitude jungienne face à l’image et donc plus particulièrement au rêve. Celle d’accepter de ne pas savoir et de ne pas comprendre, c’est à dire de ne pas « réduire » ce qui émerge de l’inconscient à du « déjà connu », de n’y « plaquer » aucune sorte d’interprétation. Ceci, afin de garder en soi, l’émotion qui naît de cette production originale de l’inconscient et de la « porter » [..] en acceptant d’attendre que mature ce que cette émotion cherche à faire naître, en nous et de nous. » 100% Jung, Viviane Thibaudier.

Accepter d’attendre que mature ce que cette émotion cherche à faire naître, en nous et de nous….

Il y a quelques semaines, au moment où je pensais avoir fini ce billet, je suis allée participer à une excellente conférence sur le changement climatique (lien Youtube. Le but de l’orateur était de nous faire comprendre quelles pouvaient être les raisons de l’inaction politique générale et quels pouvaient être nos moyens d’action.

Après avoir parlé des différentes possibilités, allant de la lutte contre la corruption à la protection des biens communs en passant par le besoin de cohérence, la discussion s’est finalement attardée sur le recyclage des téléphones portables et des autres objets électroniques.
Ecologiquement, on ne peut plus se permettre de changer tous les trois ans de réfrigérateurs ou de téléphones.

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Bien sûr, on paye des taxes. L’éco-participation, par exemple. Compense t’elle vraiment nos besoins compulsifs de consommateurs ?

Chaque année les ménages déboursent 180 millions d’euros pour financer des organismes comme Eco-systèmes.
Sur son site, très transparent, on peut lire qu’Eco-systèmes est une société privée à but non lucratif, agréée par les pouvoirs publics. Elle utilise 100% de l’argent à concevoir, animer, contrôler et effectuer les opérations de recyclage.

La réalité est un peu moins rose.
Selon une enquête récente de Que Choisir, 80% des déchets collectés sont recyclés. Chouette ! Sauf que cela concerne uniquement les appareils collectés. En réalité, le taux de recyclage est de 30 %.
Plusieurs causes : les distributions ne sont pas toutes équipées en conteneurs et refusent illégalement de nombreuses reprises, il y a peu d’information concernant les points de collecte sur les sites en ligne, le petit électroménager est moins bien pris en charge que le gros électroménager…

Il est donc de notre responsabilité de se renseigner un peu plus quand on jette nos appareils, surtout les petits.

Que peut-on faire d’autre ?
Mon père sait. Il milite contre la « non-réparabilité » depuis le début et a toujours refusé de vendre des appareils impossibles à ouvrir. Il suffit de voir le nombre de carcasses ouvertes dans son atelier pour comprendre.

Il nous faudrait donc des lois pour imposer que les objets soient réparables et démontables et pour obliger l’accès aux pièces détachées.
Mais parce que l’on connaît l’inertie parlementaire, il faut agir autrement, provoquer le changement.

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Sur Internet, une entreprise Ifixit fournit gratuitement des tutoriels et des infos pour démonter et réparer des téléphones. Apple l’a déclarée ennemie jurée et l’a retirée de l’App Store.
Il existe une version française : SoSav.

Et si vous n’avez pas envie de réparer tout seul, si vous vous sentez perdu face à la technologie, un peu partout en France fleurissent des Repair Cafés, des endroits conviviaux où vous pouvez trouver de l’aide et des outils pour réparer les objets du quotidien.

L’ère de la récup et du DIY a déjà commencé : plein d’autres possibilités sont mentionnées sur ce post Le formidable essor des sites de récup et de réparation du blog du Monde, Même pas mal.

Enfin il existe aussi la possibilité d’acheter mieux. Fairphone est une compagnie néerlandaise qui commercialise depuis 2013 un smartphone éthique et réparable. Sa conception est basée sur des principes de commerce équitable et de respect environnemental.

Tantale, tungstène, cuivre, fer, nickel, aluminium, étain, argent, chrome, or, et palladium sont autant de minéraux que l’on retrouve dans un téléphone. Beaucoup de ces composés proviennent de l’extraction minière, un secteur très polluant et associé à de très difficiles conditions de travail ainsi qu’à des marchés corrompus et des conflits géopolitiques.
L’entreprise fait attention aux sources des différents minéraux utilisés, s’attache à être transparente, à ne pas financer de guerre, à interdire le travail des enfants, dans les mines, à améliorer la vie des travailleurs. Mais connaître l’origine de plus de trente minéraux est très compliqué. Pour l’instant, Fairphone a réussi à contrôler la provenance uniquement de l’étain et du tantale grâce à des ONGS spécialisées.

Le premier modèle a été écoulé à 60 000 exemplaires.

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Une nouvelle version du FairPhone est commercialisée depuis décembre 2015. Cette fois, la compagnie a collaboré avec Ifixit pour créer un téléphone modulable, fait pour être réparé. Fait pour être durable.

C’est peut être cela, la voie du futur, que nous montrent réellement les œuvres de Leonardo Ulian. Les objets électroniques sont beaux et utiles. Prenons en soin !

Bien sûr, le changement est perpétuel, sauf que l’économie de notre société est basée non pas sur le changement perpétuel naturel mais sur l’envie de quelques uns d’avoir toujours plus d’argent. Parce que c’est ainsi qu’ils pensent combattre leur peur du changement. Quitte à créer sans cesse des besoins de consommation sûrement superficiels. Et surtout quitte à ne pas respecter les hommes et les ressources de notre Planète.

Alors, ne jettons plus sans réfléchir. Réparons, créons des œuvres d’art et réapproprions-nous la technologie ! 

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Leonardo Ulian, Blooming Eye
Références

Méditation sur le cercle

Citation de Rimpotché
L’émoi mathématique de Etienne Ghys
Histoire universelle des chiffres, l’intelligence des hommes racontée par les nombres et le calcul. Georges Ifrah, Robert Laffont, collection Bouquins.
Zéro, la biographie d’une idée dangereuse, Charles Seife, éd. Hachette
Petits contes mathématiques, Goldenia Studios, Universciences.

L’art thérapeutique des peuples premiers

Legends in sand, the evolution of the modern navajo sandpainting
Ouest Américain. Photographies Agence Gamma Rapho. Textes Sophie Gergaud. Editions Chêne
Ngurrara, the great sandy desert canvas
Wiki – Dreaming (Australian Aboriginal Art)

La psychologie analytique de Jung

100%Jung, Viviane Thibaudier, Editions Eyrolles
Jung : la passion de l’autre, Aimé Agnel, Edition Milan

Le futur en devenir

lien vers la conférence Limiter le changement climatique , pourquoi n’y arrive-ton pas ?
United Nation/ Momentum for Change : Fairphone 

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4 thoughts on “Mandala technologique”

  1. C’est juste merveilleux et profondément juste.
    Continuez à nous montrer encore de belles histoires pleines de sciences et de spiritualité.
    Mais où allez vous donc pêcher d’aussi belles images ?
    J’ai suivi aussi vos liens concernant la réparation de machins électroniques, mais dommage, pas de tuyaux qui me permettraient rendre la vie à un bel écran Dell dont le sous-système de mise sous tension reste en rade, because le fabricant ne fournit pas de pièces de rechange. (obsolescence organisée ?)

    • Merci beaucoup pour votre commentaire.
      Je me rends compte que j’ai oublié de donner le lien vers le site de l’artiste
      http://www.leonardoulian.it/work.html

      C’est vrai qu’il faut déjà que les pièces de rechange soient disponibles. Il faudrait militer pour l’accès aux pièces de rechange. J’avoue que je ne sais pas ce qui existe maintenant. En tout cas, c’est bien d’essayer !

  2. Pingback: Contes à rebours | Sense the Science

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