Tout ou partie

2 commentaires
histoire des sciences, philosophie, physique

Quelques révolutions scientifiques ont jalonné l’épopée humaine. En lisant La partie et le tout de Werner Heisenberg, nous vivons l’une d’elles de l’intérieur : l’avènement de la physique atomique. Cela suffit à faire de ce livre un indispensable. Alors, si il est aussi une fascinante réflexion sur l’impact des sciences dans nos vies, il n’y a plus à hésiter : foncez chez le libraire !

Après Galilée et Darwin, le XXe siècle est celui de la révolution atomique. Jusque là pensé comme un tout (insécable en grec ancien), l’atome devient un ensemble de parties dérogeant aux lois de la physique classique. L’avènement de la mécanique quantique, en révélant le côté paradoxal et probabiliste de l’infiniment petit, a modifié en profondeur la réalité du monde. Elle nous a aussi fourni en transistors (sans quoi les ordinateurs n’existeraient pas), diodes, IRMS et mémoire flash.
Werner Heisenberg, physicien allemand, a été récompensé par le prix Nobel de physique en 1932 pour la « création de la mécanique quantique ». Pas moins ! On se souvient notamment de son fameux principe d’incertitude découvert en 1927.
Alors quand Heisenberg écrit un livre racontant le monde de la physique atomique, on se dit qu’il est plutôt bien placé pour parler.
Mais La partie et le tout n’est pas un manuel scientifique, la mécanique quantique n’est en effet que le personnage secondaire du roman. Non, Heisenberg nous raconte plutôt la science en train de se faire. Il nous rapporte ses discussions avec collègues ou amis, de 1919 à 1965, de sa période étudiante jusqu’à l’ère post-atomique en passant par la Seconde Guerre Mondiale. Une multitude de débats élégants et instruits où l’on croise de nombreux « monstres » scientifiques : Bohr, Pauli, Schrödinger, Einstein, Planck …
Le tout est étonnamment léger. La grande force du récit est ainsi de toujours alterner discours abstraits et paysages environnants. Heisenberg, passionné de montagnes, aime à réunir ses compatriotes autour d’un âtre de chalet enneigé lors de soirées où s’entremêlent nature et propos atomiques.

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Heisenberg, en 1933

On y découvre donc la science, affaire d’équipe, en train de se créer, de se verbaliser, de se concrétiser, de se conceptualiser. Car sur un sujet aussi complexe et indescriptible que la science atomique, les discussions portent autant sur la théorie que sur comment bien la comprendre et la communiquer.
Ainsi Niels Bohr suggère une redéfinition du mot « comprendre ». Pour comprendre ce qu’est un atome, on ne peut en effet ni le dessiner ni se le représenter correctement avec des mots car il restera toujours imperceptible. Seules des observations indirectes sont possibles. Comprendre serait alors prédire et formaliser un comportement à l’aide d’expérimentations qui nous donnent à voir différentes manifestations de l’atome dans notre monde macroscopique.
Comment parler de ce que l’on ne peut ni voir ni ressentir ? Comment construire une théorie nouvelle à l’échelle de l’atome en utilisant les lois de la physique classique ? Comment la faire accepter ?
Et Dieu, joue-t-il vraiment aux dés ?
Les dialogues éclairés se succèdent : religion, culture, musique, politique, langage ou philosophie … même en physique, les sciences sont plus humaines que jamais.

L’impact technique des découvertes scientifiques occupe aussi une grande place dans le livre. Témoignage d’une grande richesse : on y assiste à la montée progressive du nazisme dans une Allemagne décomplexée, ambitieuse … et manipulée. Heisenberg explique sa décision de rester en Allemagne malgré tout. Il prend même part aux recherches sur l’atome, en avouant avoir toujours œuvré pour une exploitation non militaire de ses travaux. L’essai ayant été écrit après la Guerre, il convient de prendre avec précaution ses explications. Mais qu’à cela ne tienne, son récit est de toute façon fascinant et essentiel.

« La science est faite par les hommes »nous confie Werner Heisenberg en préface de son autobiographie lumineuse. C’est vrai. Entre les particules et le cosmos, il y a nous, les hommes. Et ce livre, c’est surtout l’histoire d’hommes qui ont bouleversé nos vies. L’air de rien.
De ces chercheurs rencontrés au détour d’une page, on retiendra l’humilité, la passion, la justesse, le travail acharné, la rigueur et la curiosité. Une vision humaine de la science d’une remarquable beauté.

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La partie et le tout révèle qu’être chercheur est autant un art de vivre qu’un métier. Primordial.

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2 thoughts on “Tout ou partie”

  1. Merci pour cet article, qui donne vraiment envie de lire ce livre!
    Ça me rappelle dans le même genre « Le Grand Roman de La Physique Quantique » de Manjit Kumar … passionnant (tant pour la physique quantique que pour les biographies de ses acteurs)!

    • Merci pour le message. J’ajoute votre référence à ma longue liste de livres à lire ;). J’espère que vous lirez effectivement le livre pour me donner votre avis.

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