Glander utile, c’est possible !

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sciences sociales

50% de notre temps éveillé, nous le passons à penser à des événements sans liens avec le présent. De quoi avoir un accident de voiture ! Mais si rêvasser a souvent des effets négatifs, quelques chercheurs s’intéressent aux bénéfices que cette activité aurait sur la créativité et la prise de décision. Glander utile, c’est possible, selon Jacques Habra. Ce businessman a fondé une start-up spécialisée dans la divagation personnalisée pour améliorer le bonheur et la productivité des employés au travail. Rêve ou cauchemar ? 

Etre distrait a de fâcheuses conséquences. Cela empêche la compréhension des textes lus et des conversations, endommage les facultés de mémorisation et la capacité à bien réaliser les tâches automatisées telle que la conduite. Mais si cela est si peu avantageux, pourquoi passons-nous autant de temps à le faire ? Certains chercheurs pensent que rêvasser peut favoriser la planification, la créativité et la résolution de problèmes. C’est le cas de Jonathan Schooler, professeur de psychologie à l’University of California, Santa Barbara. En 2012, il a co-publié un article intitulé  Inspired by Distraction. Pour cette étude, il a demandé à une centaine de volontaires de lister tous les usages possibles d’un objet commun. Plus les réponses étaient originales, plus le sujet était jugé créatif. L’ensemble des volontaires était divisé en groupes auxquels ce type d’exercice était proposé avec une période d’ « assimilation » de 12 minutes avant de pouvoir répondre. Chaque groupe était occupé différemment pendant ces 12 minutes. L’un devait s’atteler à un test de mémoire complexe, un autre à un test simple favorisant la divagation, un troisième au repos total. Enfin un quatrième devait répondre directement sans période d’assimilation. Etrangement, le groupe -occupé mais pas trop- a obtenu les meilleurs résultats. Comme si il valait mieux avoir des activités faciles et un peu chiantes que de ne rien faire du tout. Schooler explique ses résultats en argumentant que ne rien faire ne signifie pas ne rien penser. Il suppose que l’individu qui ne fait rien a une plus grande tendance à réfléchir au problème ou à maintenir une pensée longtemps, plutôt que celui qui, parce qu’il est occupé, ne peut pas penser en continu.

extrait de l'article -experimental conditions

Conditions expérimentales « unconscious neural reactivation in decision making »

En fait, ce n’est pas tant la divagation qui importe que le fait de changer d’activités. En 2013, David Cresswell, professeur de psychologie de Canergie Mellon, son étudiant James Bursley, et Ajay Satpute de la Northeastern University ont prouvé qu’une prise de décision sera meilleure si l’on dispose de temps pour se distraire avant de se décider. Ainsi, les participants devaient choisir la voiture de meilleure qualité dans une liste de différents véhicules comportant aussi leurs avantages et inconvénients. L’un des groupes avait 4 minutes pour réfléchir pendant que l’autre s’occupait avec un test de mémoire requérant beaucoup d’attention. Et c’est le dernier groupe qui a fait les meilleurs choix ! Mais pour la première fois dans ce genre d’études, l’activité électrique du cerveau était traquée par IRM fonctionnelle. Cela a permis de prouver que c’est en fait l’inconscient qui travaille pendant que les participants s’occupaient consciemment. Et si le deuxième groupe a été meilleur, c’est donc parce que le test de mémoire qui l’a occupé pendant 4 minutes a permis au processus de décision de continuer inconsciemment et non consciemment comme dans le premier groupe. Cette étude suppose donc que pour mieux décider et être plus créatif, il faut se distraire avec des activités très éloignées du problème à résoudre. Vous planchez sur des maths ? Faites une pause football plutôt qu’un puzzle. 

upjoy

Alors que de nombreuses recherches sont encore nécessaires pour comprendre les différents degrés de conscience impliqués dans les processus de création et leurs mécanismes, une start-up a décidé d’en faire son gagne-pain. Glander utile c’est possible, selon Jacques Habra. En 2012, ce businessman éclairé a créé Upjoy, une application proposant aux employés une sélection de vidéos divertissantes et personnalisées afin qu’ils soient plus performants… et plus heureux. Et oui, glander un coup de temps en temps peut aussi aider à réduire le stress et favorise la bonne humeur, à condition que l’on regarde des vidéos Youtube plutôt que des photos sur Facebook. Plus loin de l’ego, mieux c’est ! Les pauses sont bien sûr limitées dans le temps afin de ne pas sombrer dans l’hédonisme. Mais ce qui est intéressant ici est que la start-up s’est associée à trois chercheurs spécialisés en psychologie, dont Jonathan Schooler cité ci-dessus. Gageons qu’ils vont pouvoir combiner leurs travaux respectifs en rêveries, inconscience, attention, bonheur, émotions et relations sociales.

Vous voulez un tuyau ? Plutôt que de casser la tirelire en achetant l’application (ou de déménager aux US pour pouvoir s’inscrire), pratiquez la méditation de pleine conscience. Des travaux de Schooler lui-même ont montré que cela aide à diminuer les états de rêveries améliorant les performances et la bonne humeur. Contradictoire, non ?  Pas sûr … Tout est sûrement question d’équilibre et de contrôle. Méditer aide à contrôler son esprit et favorise la concentration. Si c’est essentiel lorsque l’on effectue des tâches qui requièrent toute notre attention, il faut savoir aussi se ménager des pauses au bon moment et laisser l’esprit divaguer lorsque c’est à l’inconscient de faire le boulot.

Sources :
The Costs and Benefits of Mind-Wandering: A Review
Inspired by distraction
Neural reactivation links unconscious thought to decision-making performance
The Middle Way: Finding the Balance between Mindfulness and Mind-Wandering
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