Le contrôle à quel prix ?

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documentaire, génétique, sciences de la vie, sciences sociales

Nous aimerions tout contrôler.  Le temps qu’il fera la semaine prochaine, pour que les vacances soient réussies. Notre porte-monnaie, pour avoir toujours de l’argent de côté. Nos enfants, pour qu’ils s’endorment à la même heure tous les soirs. Notre santé, pour éviter les maladies et les souffrances.

Bien sûr, rien de tout cela n’est possible … mais si ça l’était, quel prix serions-nous prêts à payer pour avoir le contrôle ?

 

Quel est le prix à payer pour contrôler ? C’est la question que ne pose pas le documentaire Contrôler le génome.

Ce film nous fait visiter la Chine, de manière insolite. Il pousse la porte, pour nous, d’un laboratoire de recherche en génomique. Car tenez-vous bien, le plus grand laboratoire de génomique au monde est chinois ! Le Beijing Genomics Institute (BGI) y a mis au point un modèle économique qui marche. L’institut est à but non lucratif mais utilise la commercialisation de ses recherches pour vivre. Vivre et se développer ! Cela marche tellement bien qu’ils vont même jusqu’à s’implanter à l’étranger, avec les centres récemment ouverts aux US et en Europe.

Ses clients ? L’agriculture et l’industrie pharmaceutique.

Ses produits ? Le séquençage de génomes en tout genre : l’institut peut séquencer jusqu’à 2000 échantillons par jour. Et bien sûr, le clonage d’animaux génétiquement modifiés : l’institut peut « ensemencer » 3 truies par jour pour créer des centaines de porc-clones. 

 

Comment ? Pourquoi ? Difficile de le savoir tant le documentaire reste évasif sur les liens avec l’industrie. Non, la réalisatrice préfère filmer les chercheurs, leur discours passionnel, leur travail acharné, leurs nuits passées au laboratoire, la joie sur leurs visages quand des porcelets voient le jour. Car si BGI vend du génome, c’est pour financer ses recherches qui offrent de nouveaux vaccins, de nouvelles possibilités.

Là-bas, en Chine, des centaines de jeunes chinois s’activent pour comprendre la génétique, libres de toutes contraintes éthiques. Plus particulièrement, un projet sobrement intitulé Cognitive Genomics s’intéresse à l’expression génétique de l’intelligence. Il y est question de soumettre des centaines d’enfants particulièrement doués à des tests de QI, et de séquencer leur génome. L’enjeu est de taille : mieux comprendre l’influence génétique sur l’intelligence, et pouvoir, à terme, choisir les gènes de ses enfants. Ils ne s’endormiront sûrement pas tous les soirs à la même heure, mais leur chance d’être malin sera plus grande.

 

Dans leurs très rares discussions, les chercheurs se montrent enthousiastes. Les sélections génétiques sont déjà appliquées depuis des milliers d’années sur les plantes et les animaux, dans un premier temps pour les domestiquer. Cette sélection introduite sur l’homme ne sera qu’un petit pas de plus. Imaginez : un monde où tout le monde est un peu plus intelligent … Ca ne peut pas être pire que maintenant, non ?

 

Mais quel sera le prix à payer pour l’intelligence ? En quoi un meilleur QI donne des individus plus dignes de vivre ? Toutes ces questions sont intéressantes, nous soufflent à demi-mot les chercheurs, mais ce n’est pas leur problème. Leur problème, c’est de comprendre, de chercher, d’analyser. La science est neutre ! Et puis, si eux ne mènent pas tous ces travaux, d’autres le feront à leur place un jour ou l’autre. Ce que ces recherches peuvent apporter à la société ? Du bon. Du mauvais peut-être. Qu’importe … on ne peut jamais deviner l’impact mais les possibilités sont enivrantes. Le discours est tellement enthousiaste et ronronnant que nous culpabilisons presque d’avoir peur des dérives.

 

Et puis, la caméra, après s’être attardée un instant sur les rangées de bureaux peuplant BGI, nous offre enfin quelques vues extérieures sur les villes, très polluées. Tout doucement.

Il ne se passe pas grand-chose en une heure. Alors quand les chercheurs travaillent, le silence surgit. Des silences très bavards. Quelques notes de musique distillent une ambiance subtilement malsaine. Mystérieuse. Le temps passe mais quelque chose cloche… 

Bien qu’il n’offre aucun point de vue contraire, ce documentaire est loin d’être un discours pro-génomique. Bregtje van der Haak, la réalisatrice danoise, nous manipule. D’un côté, le discours des chercheurs enthousiastes, de l’autre, cette ambiance bizarre, dérangeante, où il ne se passe rien. Ces chercheurs ont des propos qui semblent très naïfs. L’ambiance est surréaliste, coupée du monde. Mais tout cela existe bel et bien. 

Elle nous donne envie de crier « Pourquoi ?! Pourquoi aucun commentaire ? Est-ce que cela est vraiment dangereux ? A quoi servent tous ces porcs ? Quelles sont les contraintes éthiques que la Chine n’a pas ? Et pourquoi, oui pourquoi, peut-on oser croire qu’un meilleur QI fait l’intelligence ? et comment ne peut-on pas mentionner l’épigénétique qui a pourtant autant le vent en poupe ? »

Alors vient l’envie de taper contre l’écran télé, attendant désespérément une réponse. Impuissants. Nous sommes impuissants. Tout ceci se passe sous nos yeux et nous devons l’accepter. Les connaissances progressent pour le meilleur ou pour le pire. Bregtje van der Haak nous montre simplement qu’il faut faire avec. Elle prend le risque de ne pas trop nous en dire pour que nous nous posions nous-mêmes la question jamais posée. 

Quel est le prix à payer pour contrôler ?

 

Il faut absolument le voir pour le ressentir : Contrôler le génome, de Bregtje van der Haak, disponible sur Arte +7, ou sur la boutique d’Arte.  Des débats d’actualité : Forum Libé, 2030 : Recherche médicale : doit-on poser des limites ?

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