Des maths et des hommes

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documentaire, mathématiques, philosophie

Il y a quelque chose d’émouvant dans le documentaire d’Olivier Peyon, « Comment j’ai détesté les maths ». Sûrement hanté par des mauvais souvenirs de tables de multiplication, le réalisateur essaie de comprendre ce qui peut bien motiver des êtres étrangement passionnés par les mathématiques et qui y consacrent leur vie. Pour cela, il arpente des contrées peu fréquentées, fourrant sa caméra dans des centres de recherche, des congrès et des cours de mathématiques, là où il peut côtoyer des profs et des chercheurs. 

Il faut savoir se laisser emmener au gré des rencontres sans jamais vraiment savoir où tout ça va nous mener. Ca touche tout le monde en parlant éducation, la partie la plus convaincante. Et puis le réalisateur se focalise sur le monde de la recherche. Petit à petit, on prend goût à regarder ce petit monde de mathématiciens, vivre un peu à part, un pied dans le monde réel, l’autre dans le monde abstrait, tels des artistes scientifiques.

 

La force de ce documentaire est d’avoir su capter finement l’ambiance studieuse mais pleine de liberté d’esprit. Les mathématiques apparaissent comme un outil de création et de jeu, enseigné trop souvent par leur côté abstrait et figé. Quelques moments sont tout particulièrement fascinants telles les images que montre un chercheur au détour d’une conversation : des simulations d’écoulement du miel qui servent à poser des câbles de télécommunication au fond de l’océan ! Dorénavant, au petit déj, vous vous surprendrez à rêvasser devant votre pot de miel.
Et aussi ce moment où deux collègues argumentent quant à l’avenir des ordinateurs. Allons-nous, un jour, nous faire reléguer au rang d’idiots par nos propres machines, devenues plus performantes et plus pertinentes ? A l’heure où des supers-calculateurs peuvent trouver des preuves de théorèmes insolvables par l’Homme, nous n’en sommes peut-être pas bien loin.

Peu de temps avant la fin, le film prend une autre direction, oublie les personnages et nous parle de finance. Ce choix apparaît plutôt comme une solution de facilité. Il est facile de justifier l’importance des mathématiques en se focalisant sur l’économie qui influe sur la vie de milliards de personnes. Sauf que le rôle des maths y est expliqué d’une manière un peu trop simpliste et ne convainc pas. Et c’est très dommage ! 
D’autant plus qu’il existe tellement d’applications plus excitantes, comme les recherches aidant à la prévision des génocides, qui permettraient aux ONGs des actions préventives plus efficaces.

Il faut voir ce documentaire pour sa subtile démonstration des maths comme art créatif et philosophie. On regrette toutefois cette vision un peu vieillotte qu’il en donne : où sont passés les jeunes chercheurs et la gente féminine que je croise tous les jours dans mon labo de maths ?

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