Poor economics

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économie, écriture, psychologie

Le monde a tendance, de plus en plus, à se réduire en deux camps idéologiques.
Je pense que la richesse récompense les gens les plus méritants : je suis plutôt « conservateur ». Mais si je pense que sortir de la pauvreté est comme de vouloir sortir d’un labyrinthe, c’est difficile pour beaucoup ; alors je suis plutôt « libéral » ou de gauche.
Selon deux chercheurs, Esther Duflo et Abhijit V. Banerjee, professeurs d’économie au Massachusetts Institute of Technology, l’économie est trop souvent confondue avec l’idéologie. Dans leur livre, Poor economics (en français : « repenser la pauvreté »), ils assènent un coup terrible aux économistes. Ils estiment que la plupart des économistes dessinent les lois de la macro-économie selon leurs propres idéologies. Sous prétexte qu’elles sont impossibles à vérifier, leurs lois sont basées sur leurs croyances.


Esther Duflo et Abhijit V. Banerjee ont écrit ce livre pour montrer une autre économie : l’économie expérimentale. Un livre sans aucune équation, limpide et clairvoyant. Un livre modeste mais puissant. À lire absolument.

En se concentrant sur le problème de l’extrême pauvreté, en allant questionner des milliers de personnes, en testant des mesures économiques sur le terrain, en comparant les lieux, les pays, les cultures, ils tissent peu à peu une vision différente de la pauvreté. Une vision ni trop restreinte à une seule région, ni trop générale et déconnectée de la réalité. Une vision hybride.
Et surtout, les deux chercheurs font fi de toute idéologie et écrasent les idées reçues.
Oui, les pauvres sont fainéants : ils préfèrent reporter au lendemain le long trajet en ville pour aller faire leur troisième rappel de vaccin, même s’il est gratuit. Comme tout le monde. Sauf que les pauvres ne sont pas obligés de se vacciner et sont souvent peu instruits et mal informés.
Oui, les pauvres ont du mal à économiser : ils préfèrent dépenser leur maigre paye du jour pour deux ou trois sucreries. Comme tout le monde. Sauf qu’économiser quelques centimes par semaine leur paraît plutôt dérisoire en comparaison du coût des études qu’ils aimeraient offrir à leurs enfants.

Chaque chapitre du livre est consacré à une grande question : nourriture, santé, éducation, …

   

… , assurance, prêt, épargne, entreprenariat, institutions politiques …

Et de chapitre en chapitre, de problème en problème, une vision différente de la pauvreté se dessine. Bien que rigoureuse et scientifique, cette vision est empreinte d’une humanité inattendue. Ici, aucune loi générale et fausse, mais une constatation : les pauvres sont des gens comme les autres, qui doivent faire face à plus de risques, plus de difficultés, et plus de responsabilités. Et en partant de là, est proposée une série de mesures pour combattre la pauvreté. Plutôt que de juger et de condamner, les aides sont fabriquées à partir de l’analyse de nombreux témoignages. Une sorte d’économie « bottom-up ». Une économie, non pas quantitative, mais socio-psychologique. Une économie testée sur le terrain, et ajustée si besoin. En constante évolution.

À la lecture de ce livre, deux messages, forts et optimistes, restent ancrés dans la mémoire.
La croyance en une autre économie qui peut faire plus avec peu de moyens et surtout avec beaucoup de patience et de modestie.

Et l’acceptation de nos défauts : nous sommes tous parfois défaillants et imparfaits mais nous pouvons anticiper les difficultés, et parer notre irrationalité par des moyens ingénieux. Souvenez-vous, ce message, nous le trouvions déjà dans Incognito, le livre explorant notre cerveau.


Mais « Poor Economics » est surtout une ode à l’économie expérimentale, qui combat les croyances les plus tenaces. Ainsi, les auteurs, modestes et réalistes, terminent leur ouvrage par cette phrase « Ce livre est, dans un sens, seulement une invitation à regarder les choses de plus près. Si nous résistons à la paresse et à cette façon convenue de vouloir réduire chaque problème en un ensemble de principes généraux […] alors nous serons non seulement capables de construire une boîte à outils de mesures économiques efficaces mais aussi capables de comprendre pourquoi les pauvres vivent comme ils vivent. »

L’économie est à construire et le mode d’emploi est dans « Poor Economics », disponible en anglais ici ou en français.

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