Performance hybride

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art, culture, mathématiques, musique

 Les Talking Heads, revisités par Shape the Song. 

Il est une différence notable entre une conférence académique de chercheur et une présentation d’artiste.
Le chercheur ne pourra pas présenter ses résultats sans expliquer le chemin, mettre en valeur la méthode, et introduire les centaines de petits trucs utilisés afin de tordre le cou aux difficultés. Nécessité de pouvoir reproduire les expériences et obligation de validation par les tiers.
L’artiste, bien au contraire, va faire en sorte que les heures passées sur la réalisation technique ne se voient pas. Ce qui compte est le ressenti. L’œuvre d’art pourra paraître complexe ou harmonieuse, simple ou déséquilibrée, du moment qu’elle est compréhensible intuitivement par le cerveau humain.
Il paraît alors impossible de voir associer ces deux approches contradictoires. Pourtant, c’est le pari audacieux qu’ont pris Malik Mezzadri, Frédéric Faure, Alexandre Ratchov et Maxime Zampieri, en performance à La Source la semaine dernière : expliquer les recherches musicales et puis faire en sorte, ensuite, que le public « oublie » pour mieux ressentir la musique-résultat. 

Flûte, quelle équation ! est une œuvre hybride résultant d’une rencontre entre un mathématicien enseignant-chercheur à l’Université Fourier, Frédéric Faure, et un flûtiste, grand expérimentateur, Malik Mezzadri alias Magic Malik.
Les deux passionnés de musique, d’informatique et de mathématiques ont emmêlé leurs connaissances et leurs curiosités pour définir une nouvelle « gamme chromatique harmonique », basée sur la décomposition en harmoniques d’une note.

La musique a ceci de particulier qu’elle est directement liée à un signal physique aisément mesurable. Les sons sont ainsi beaucoup plus faciles à manipuler théoriquement que les images. Elle a aussi, dit-on, tissé des liens très étroits avec les mathématiques depuis l’antiquité grecque. 
Les deux passionnés, loin d’avoir la prétention d’inventer un nouveau mode de fonctionnement, profitent de la première partie de la performance pour définir leur cadre de pratique musicale. Ils leur importent de nous expliquer les ressorts de ces nouvelles notes, pour que nous nous interrogions sur le lien entre harmonie et lois mathématiques.
Arrive ensuite le programmateur Alexandre Ratchov qui nous présente les instruments-synthétiseurs, créés à l’aide de l’informatique et capables de reproduire ces notes nouvelles.
Enfin les musiciens, Magic Malik ainsi que le batteur Maxime Zampieri, nous font part de leur vision d’artistes : ce nouveau cadre fixé, il s’agit alors de l’explorer avec les sens. Pour cela, ils imaginent des liens à tisser entre les notes, des associations harmonieuses ou des ponctuations étranges, autant de parcours improvisés à travers cette gamme nouvelle.

La musique dématérialisée

Si certains morceaux sont très jazz, d’autres, habités par des nappes enivrantes, sont plus adaptés à cette approche exploratrice : ils réussissent à créer une atmosphère onirique, un peu surréaliste. Les vibrations des notes entremêlées résonnent dans chacun de nos organes et peu à peu apaisent l’esprit.
Et voilà le corps et l’esprit réconciliés, liés à tout jamais, comme l’art et la science.

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