Exprimer du corps, les émotions

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danse, pensée du mois

 «  Dansez, dansez, … sinon nous sommes perdus.  »
Ce message chuchoté par la chorégraphe allemande Pina Bausch, à la fin du documentaire fait en son hommage, résonne d’autant plus fortement lorsque nous savons qu’elle a quitté notre monde, peu avant le tournage du film.

Alors que cela fait six mois qu’elle travaille avec Win Wenders sur un documentaire ayant pour sujet la danse, – sa danse ! -, elle meurt brutalement cinq jours après avoir appris qu’elle souffrait d’un cancer généralisé. Après hésitation, Win Wenders, le réalisateur de Paris, Texas et de Buena Vista Social Club, n’annule finalement pas le projet mais le transforme en hommage. Et nous l’en remercions.

Tout, dans Pina, est sobriété.
En choisissant de simplement montrer ses œuvres et de faire parler ses danseurs sans discours théorique, il réussit à révéler la sensibilité de cette grande dame et sublime son travail.
Ainsi, nous apprenons qu’avec peu de mots, elle amenait ses danseurs à chercher, à expérimenter, à travailler des heures durant pour qu’ils trouvent chacun leur style. Certains se sont métamorphosés grâce à elle, comme si ils avaient suivi une psychanalyse par la danse. Plutôt que de les enfermer dans une chorégraphie à reproduire, pas après pas, Pina s’adaptait donc à chacun de ses danseurs, à leurs possibilités, à leurs corps et à leurs histoires. Peu importaient leurs âges. Ce qui comptait était ce qu’ils exprimaient et comment.

Comment le corps parle à la place des mots ? Comment le corps peut exprimer ce qu’il y a au plus profond de nous ?  
Ces questions devaient hanter la chorégraphe et transpirent dans toutes ses œuvres. Des œuvres qui peuvent surprendre souvent, paraîtront étranges parfois, mais qui, toujours, marquent les esprits. Car l’autre génie de Pina est d’avoir su parler à tout le monde. D’avoir su ancrer la danse dans la vie. Ainsi, les danseurs et acteurs abordent des problèmes communs à tous : la solitude, la séduction, la difficile communication entre les hommes et les femmes. Ces émotions transmises par le mouvement se font l’écho de nos propres émotions et résonnent encore en nous longtemps après avoir vu le film. Il est juste saisissant de voir communiquer autant de sensations par la danse.

Et puis, Pina avait le souci du détail. Les longues robes de soirées, le sable éparpillé sur la scène, les chaises, … autant de petits accessoires qui rapprochent ses danses de la vie réelle. Pina aimait aussi jouer avec la musique « populaire » telle le fado, le klezmer ou, dans cet extrait, la chanson brésilienne de Caetono Veloso :

À ce propos, n’hésitez à vous procurer la bande-son du film !

Ce soin pris par Pina d’être proche de la vie, le réalisateur Win Wenders l’a bien saisi. Alors, son film montre des extraits de plusieurs de ses œuvres, entrecoupés de scénettes jouées par les danseurs, en plein air, dans la ville d’Allemagne où elle habitait.

Les décors réels se trouvent ainsi transcendés par l’impertinence de la danse, et le surréalisme des corps en mouvement. Paradoxe de ce mélange : ces scènes sont parfois proches de visions de science fiction.

Pina, un film à voir et à revoir, pour sa beauté hors du temps, l’énergie qu’il communique et son intense humanité. Pina invitait chacun de ses danseurs à expérimenter pour mieux se connaître. Que cela nous incite à faire de même, et réveille le chercheur qui est en chacun de nous.

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