Dance your PhD

Laisser un commentaire
danse, initiative

Un de vos amis organise une soirée. Une grosse soirée. Une pendaison de crémaillère. Vous y allez de bon cœur, désireuse de rencontrer de nouvelles têtes. Et, en effet, à peine entrée dans ce nouvel appartement, vous avez repéré plusieurs inconnu(e)s dont un charmant jeune homme, à l’air athlétique, qui, l’espace d’un instant, tourne le regard vers vous. Bingo ! Vous avez capté son attention !
Vous vous approchez alors doucement du groupe auquel il appartient, arrivez à entamer la conversation avec lui. Les banalités fusent mais ces moments de premiers contacts sont en fait très importants pour vous faire une idée de la personne en face de vous.
Tôt ou tard, la question fatidique arrive : « Alors, tu fais quoi dans la vie ? ». Le temps se suspend un instant puis vous lâchez « Une thèse ! » dynamiquement. « Ah, bon ! Tiens ! Et une thèse en quoi ? ».
À ce moment là, deux possibilités s’offrent à vous.
Ou vous résumez en quelques mots (souvent improvisés) le pourquoi du comment. Il n’en comprendra pas la moitié et vous prendra pour une snob intello opaque.
Ou vous partez dans un laïus noyant votre interlocuteur dans les détails pédagogiques. Terrorisé par l’ennui, il trouvera la moindre excuse pour détourner la conversation.

John Bohannon a imaginé une troisième possibilité : danser votre sujet de thèse !
John est un drôle d’énergumène dans le monde des sciences. Lui aussi, docteur en biologie moléculaire, il s’intéresse, néanmoins, moins à faire de la science qu’à la communiquer avec légèreté et efficacité. Et puis, il ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas : quand un chercheur lui explique son travail, il ne comprend pas !

Chroniqueur dans la revue Science depuis 2007, il est à l’origine d’un projet qui oblige les doctorants à expliquer leurs sujets de thèse avec le moins de mots possibles, sans jargon. Et pour cela, rien de tel que de danser !
C’est ainsi qu’il lance un concours « Dance your PhD » (Danse ton doctorat) en 2008, financé par la revue Science et son éditeur AAAS. Chaque participant a quelques minutes de danse interprétative pour présenter son travail, souvent avec peu de moyens financiers. Dans le comité, un ensemble de scientifiques, d’éducateurs et de danseurs. Le gagnant de la session 2012 s’intéresse aux nanostructures d’alliages d’aluminium. Jugez plutôt (vidéo en anglais) :

L’exercice est stimulant et intriguant. Vous avez la sensation de comprendre le principe général même si vous n’avez aucune idée de ce qu’est cet alliage et de comment le créer. Et puis, un certain sens du rythme et de l’intrigue maintient l’attention sur le discours.

Vous vous prenez alors à rêver ! Et si vous répondiez à ce charmant jeune homme par une série de pas de danse qui vous permettrait, par la même occasion, de l’entraîner un peu plus près de vous …

Mais, voilà ! Cela va demander beaucoup de travail et d’efforts difficilement récompensés.
En effet, les doctorants sont les petites mains de la recherche, la main d’œuvre CDD. Tout en bas de la hiérarchie du laboratoire, ils construisent une à une les pierres qui servent à créer et consolider l’édifice imaginé par le directeur de thèse. Expliquer en quoi cette pierre-là est importante est souvent moins évident que de montrer l’intérêt de l’édifice.
Et puis, le temps passé à produire cette vidéo, qui tout au plus rapporte $1000 de récompense, ne servira pas à publier des articles, qui eux sont la clé d’un recrutement sur un poste de chercheur rémunéré à vie !
Quant à Alphonse, planté devant vous, un verre de cachaça à la main, qui vous dit qu’il sera séduit par vos pas chassés ?

Imaginant la déception amoureuse, vous vous sentez l’âme rebelle. Ne serait-ce pas aussi à votre directeur de thèse de faire un effort de communication ? Après tout, c’est écrit dans son statut : transmettre ses connaissances, ou tout du moins sa passion pour la recherche. Pourquoi ne devrait-il pas danser lui aussi ?

Et bien c’est aussi ce que pense John Bohannon, le créateur du concours !
« Dance your PhD » n’est qu’une étape dans son projet de sensibilisation à une meilleure communication scientifique. Lors d’une représentation TED (Technology, Entertainment and Design) en 2011, il dénonce avec humour les présentations Powerpoint comme « une menace pour l’économie mondiale » et propose aux scientifiques d’embaucher des danseurs pour illustrer leurs explications. Et parce qu’une danse vaut mieux qu’un long discours :

(sous-titrés en français)

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s